
Que se passerait-il si on remplaçait le Pizzaiolo par une IA ou un robot ?
Au premier regard, pas grand-chose. Les pizzas continueraient à arriver chaudes sur la table. Les clients continueraient à choisir leur pizza et à la manger. La Pizzeria continuerait à prospérer, encore mieux qu'avant. Dommage pour le pauvre Pizzaiolo.
C'est le discours convenu qu'on peut entendre partout. rafi Haladjian n'a aucune intention de s'y tenir.
Dans une expérience de pensée aussi absurde que rigoureuse, il entreprend de supprimer méthodiquement chacune des pièces d'un écosystème qu'on croit immuable. D'abord le Pizzaiolo, puis la Pizza, puis la Pizzeria, puis, poussant l'exercice jusqu'à ses conséquences ultimes, le Mangeur lui-même.
Que restera t-il, à la fin ?
La Pizzeria est une allégorie. C'est ici le modèle réduit de toutes les entreprises.
Mais ce livre est aussi, et peut-être surtout, autre chose : un Dernier Testament. rafi Haladjian n'ignore pas qu'il est lui-même un Pizzaiolo, que son livre est sa Pizza, et que l'un comme l'autre pourront être remplacés. Alors il pose frontalement la question : qu'est-ce qu'écrire un livre dans un monde où les livres peuvent s'écrire tout seuls et où, de toute façon, plus personne ne lit de livres ? Qu'est-ce qu'un auteur quand une IA peut faire le travail en quelques secondes, sans se lever à l'aube, sans boire des litres de Coca Zéro, sans passer six ans à faire tic tic tic tic avec ses doigts sur un clavier ?
La réponse qu'il donne n'est pas toujours rassurante. Mais elle est drôle, inspirante, venimeuse, érudite et jubilatoire, ce que les machines produisent rarement ensemble.
On y croise des auteurs morts, des machines arrogantes, des entrepreneurs mégalomanes. On y entend le chœur des lecteurs impatients, qui parsèment tout le livre de leurs commentaires rageurs, éclairants ou flagorneurs. On y trouve des références à Perec, à Kafka, à Umberto Eco, à Marcel Duchamp et à cent autres auteurs parfois pillés sans vergogne. Le tout se construit autour d'une disparition et de ce que cette disparition révèle : la création, le désir, le pouvoir, l'identité, le choix, la culture. Toussa toussa.
Ni essai technophile, ni pamphlet catastrophiste. Un livre sur l'IA qui ne ressemble pas à un livre sur l'IA. Un livre qui ne ressemble pas tout à fait à un livre.