1€30
Lisez nos livres et réclamez vos 1,30 € de Droit de Lecteur.
Longtemps on a célébré l'Auteur. Il était celui qui donnait de lui-même. Au prix d'un sacrifice, d'un effort extraordinaire, il offrait au monde le fruit de sa pensée, le jus de son génie. Le Lecteur venait à lui, prenait les livres qu'on lui tendait, consacrait, reconnaissant, des heures de sa vie à absorber le verbe de celui qui avait écrit. Il était normal que l'Auteur en soit remercié. Il était normal qu'il soit rémunéré pour la pénibilité de son travail. C'est pourquoi, pour chaque exemplaire vendu de son livre, il recevait en moyenne 1€30. (Le reste du prix du livre, revient au marchand de papier, à l'imprimeur, au camionneur, à l'entrepôt, au libraire, à l'éditeur, à tous ceux qui font un vrai métier.)
Avec le temps ils furent de plus en plus nombreux à se piquer d'écrire, à vouloir entrer courageusement en littérature comme on entre dans les ordres, renonçant aux plaisirs de la vie pour se consacrer à la rédaction de leur œuvre, à l'épanchement de leur pensée et de leur vanité. Ils le devaient au monde. Ils le devaient au Lecteur.
Et le Lecteur, jadis si patient et discipliné, fut assailli de toutes parts. Les livres s'accumulaient sur ses tables et ses tablettes. Il devait lui aussi renoncer aux plaisirs de la vie pour se consacrer à la lecture de l'œuvre de chacun de ces auteurs, à l'épanchement de leur pensée et de leur vanité. Il devait abandonner les joies simples de la vie comme scroller à l'infini sur ses réseaux sociaux ou binge-watcher des séries, pour s'asseoir sans bouger et balayer du regard, ligne après ligne, page après page, des heures et des heures durant, la matière morte et figée qu'on appelle un livre.
Aujourd'hui, il est temps de lui rendre justice. La pénibilité a changé de camp. Lire un livre est devenu bien plus pénible que de l'écrire. Plus méritoire aussi. C'est pourquoi, nous, aux Éditions du Padar, avons institué le Droit du Lecteur, miroir exact du Droit d'Auteur qui fut pendant des décennies le dû de l'Auteur. Désormais, l'Auteur ne sera rémunéré que par la satisfaction de sa vanité et celle d'être lu. Le Lecteur, lui, recevra le prix de son effort, de ses renoncements, de son mérite.